Idées Reçues ?


A l'occasion de sa 12ème édition, la « Semaine de solidarité internationale » a lancé une campagne «Marres des idées reçues». Cette semaine a été organisé en 2010 du 13 au 21 novembre.
En dessous les réponses de la Semaine à ces préjugés et idées toutes faites sur la solidarité internationale.
 

En 2010, on sort de la crise....
A force d'aider les pauvres, on en fait des assistés !
Il y en a bien certains qui s'en sont sortis...
C'est à l'Etat de s'en occuper !
Je n'ai ni le temps, ni les moyens d'être solidaire !


En 2010, on sort de la crise...


On aimerait y croire, mais hélas, les analyses et projections sur les différentes dimensions de la crise actuelle nous conduisent à plus de vigilance quant à cette affirmation plusieurs fois exposée.
En effet, ce qui est annoncé est une reprise de la croissance économique et des échanges commerciaux, après le sauvetage du système bancaire. Autant de processus qui n'ont pas prouvé ces dernières décennies leur capacité à générer une amélioration du niveau de vie pour toutes et tous.

Pour sortir de la crise il faut changer de système.
La crise financière qui a éclaté à l'automne 2008, avec ses relents de crack boursier version 1929, est une crise systémique, c'est-à-dire qui interroge tout le système sur lequel le développement a reposé depuis la fin du XIXème siècle. Hérité de la Révolution industrielle, le modèle de développement actuel est essentiellement économique. Il met au second plan les aspects sociaux, environnementaux et culturels, en particulier le respect des droits humains et la gestion soutenable des écosystèmes. C'est un modèle d'ajustement au marché, qui a dérivé vers une spéculation boursière totalement non régulée. Celui-ci est à la recherche de profits spéculatifs toujours croissants, produisant les excès que nous avons connus.
Les conséquences de ce modèle de développement s'avèrent aujourd'hui désastreuses. Les émeutes dites de la faim, la crise énergétique, les premiers effets du réchauffement climatique, toutes ces alertes auraient dû conduire à une prise en compte plus forte et plus globale de leur signification avant même que la crise financière n'éclate : accroissement des inégalités, épuisement des ressources naturelles, développement des conflits… Nous sommes face à l'essoufflement de tout un système qui a produit ses propres limites, notamment celle de mettre en péril la planète et les espèces vivantes qui la peuplent.

Pour sortir de la crise, l'implication de tous, Etats et sociétés civiles s'impose.
Face à cette remise en question fondamentale de notre environnement et de nos modes de vie, la prise de conscience des citoyens et le courage politique s'imposent. Jusqu'à présent, les dirigeants réunis au sein du G20 ont semblé vouloir minimiser les impacts de la crise actuelle, et sauver un système qui pourtant ne profite qu'à une infime minorité d'heureux élus et élues. Et c'est bien normal, car ce G20 exclut de fait 171 autres pays de la planète, et surtout les pays les plus pauvres qui ne sont donc pas invités à réfléchir et proposer des solutions à la hauteur des enjeux actuels et dont ils sont les premières victimes.
Par ailleurs, aucun processus de consultation des sociétés civiles n'a été proposé jusqu'à présent, ni à l'échelon national, ni européen ou encore mondial. Alors les représentants de ces sociétés civiles, du Nord comme du Sud, s'invitent aux différents rendez-vous, onusiens ou du G20, pour tenter de faire entendre la voix des peuples, les alternatives possibles, et l'opportunité historique de changer la donne.

La solidarité internationale pour sortir de la crise et construire les nouvelles bases du développement.
Pour sortir durablement de la crise, c'est tout un système qu'il faut repenser, avec comme but l'éradication de la pauvreté, de la faim, des inégalités et des injustices. Cela passera par un questionnement profond pour une redistribution plus équitable des richesses, une préservation de la planète et notamment de ses ressources naturelles. Cela implique une volonté d'en finir avec la marchandisation sans limite et sans régulation. L'objectif recherché doit être non pas la recherche de croissance économique et de profit, mais l'accès pour chacun et chacune aux droits fondamentaux tels que le droit à se nourrir, à se loger, à s'éduquer, à travailler décemment, à se soigner.
Tel est le socle commun que nous portons avec la solidarité internationale et qui nous permet d'affirmer que la solidarité internationale est le véritable socle pour sortir durablement de la crise.

«Quand l'éléphant trébuche, ce sont les fourmis qui en pâtissent ». (Proverbe africain).



A force d'aider les pauvres, on en fait des assistés!

Aider oui mais pas n'importe comment !

Vous avez raison ! Il y a effectivement un risque d'effet pervers dans l'aide qu'on apporte aux plus défavorisés. Apporter son aide à autrui créé forcément une relation particulière. « La main de celui qui donne est au-dessus de celle de celui qui reçoit », dit un proverbe africain. L'aide peut effectivement créer de la dépendance si elle consiste à mettre les populations « sous perfusion ». Le don peut aussi induire un sentiment de dette que le donateur entretient plus ou moins consciemment. Le lieu commun qui consiste à penser qu'« ici on a tout alors que là-bas ils n'ont rien » est dangereux. Il se fonde en partie sur un modèle de société matérialiste. Il encourage une vision fausse de bénéficiaires passifs pour qui tout est bon à prendre, au mépris de leur culture, des usages locaux, ou encore des politiques publiques existantes. Au Sud aussi, des initiatives sont prises à l'échelon local, régional ou national et des gens se battent pour faire vivre des projets ou faire respecter leurs droits !

Plutôt qu'aider, être solidaire parce que les inégalités sont humainement inacceptables.
Nous ne pouvons laisser les populations défavorisées dans leur misère. Il est intellectuellement très arrangeant de penser que ces populations sont responsables de cette pauvreté qui les accable. Cela justifie et excuse notre propre inertie. La réalité est pourtant beaucoup plus complexe. L'éducation et la santé gratuites pour tous sont une évidence pour nous. Fondamentaux pour l'égalité des chances et la cohésion nationale, ces services publics coûtent toutefois chers à mettre en place et à garantir. Dans nombre de pays du Sud, les services publics sont délabrés, en particulier mis à mal par les politiques de restrictions budgétaires imposées par les institutions financières internationales (FMI et Banque Mondiale) et/ou par les choix des dirigeants. C'est en aidant les pays du Sud que l'on contribue à construire un monde plus juste et égalitaire, et que l'on combat ainsi l'ignorance, l'obscurantisme et la violence. Encore faut-il que l'aide soit pertinente (un don massif de réfrigérateurs à vaccins à tous les postes de santé d'un pays subsaharien peut s'avérer un énorme gâchis…) et que les règles de commerce international ne viennent pas anéantir les efforts fournis (pourquoi donc les marchés de Dakar sont-ils envahis d'oignons hollandais subventionnés et donc moins chers, ce qui prive les agriculteurs locaux de débouchés ?)

Pour être solidaire, nous devons construire des partenariats d'égal à égal.
Pour éviter l'écueil de l'assistanat, les ONG françaises et les collectivités locales ont majoritairement compris aujourd'hui que la notion de partenariat est capitale. Un véritable partenariat fonde le projet sur les besoins locaux et non sur l'envie d'agir. Il porte en lui le souci permanent de durabilité et d'autonomie. Il amène enfin et surtout à construire ensemble quelque chose de différent, grâce par exemple à des échanges entre pairs (artisans, élus, syndicats… du Nord et du Sud).



Il y en a bien certains qui s'en sont sortis...


« Y'a bien des pays pauvres qui s'en sont sortis alors pourquoi pas les autres ? »

Croissance économique ne signifie pas forcément réduction de la pauvreté.
Que veut réellement dire un pays qui s'en sort ? Le Produit Intérieur Brut (PIB) est de plus en plus décrié comme seule mesure du développement. Alors que le fait qu'un pays ait un PIB élevé ne signifie pas que la population est moins pauvre. Par exemple, exploiter une ressource permet de la vendre, générant ainsi un chiffre d'affaires qui est comptabilisé de manière positive dans le PIB. Si cette exploitation dégrade la santé des travailleurs, cela génère des dépenses de santé, donc un chiffre d'affaires du secteur médical, lui aussi comptabilisé positivement dans le PIB.
Les exemples ne manquent pas de pays qui disposent de richesses naturelles importantes, mais dont la population ne bénéficie pas : on parle même parfois de « malédiction » lorsqu'un pays découvre des richesses dans son sous-sol. Les exemples de pays pauvres, disposant pourtant de minerais divers ou de bois précieux ne manquent pas.

Sans redistribution, la création de richesses n'a pas de sens…
Un pays dont le PIB augmente, qui « s'en sort » au regard des chiffres, ne voit souvent s'enrichir qu'une partie de sa population : peu d'Etats prennent des mesures de grande envergure pour assurer une répartition des richesses entre tous. Le modèle de développement dominant étant celui du capitalisme libéral, le financement de l'accès aux services de base (éducation, santé, logement…) n'est pas prioritaire.

…sans respect de notre environnement non plus.
La croissance peut également avoir un coût environnemental très élevé, favorisé par l'absence dune règlementation adaptée. Par exemple, de nombreuses industries polluantes, au profit de la recherche de bénéfices immédiats, ne retraitent pas leurs déchets. Elles mettent ainsi en danger la santé des populations locales et leur environnement, pour des générations. A long terme, ce « développement » n'en est pas un.
Bon nombre de pays défavorisés sont engagés dans un modèle de développement fondé sur l'exportation de leurs matières premières sans satisfaire au préalable les besoins de leurs populations. A l'heure où toutes nos économies sont interdépendantes, et dans un contexte de crise, ce modèle de développement les fragilise en les exposant aux fluctuations des prix, des marchés et des échanges commerciaux.

Le développement doit être au service de l'amélioration du niveau de vie des populations.
Afin de se développer, différents facteurs sont nécessaires. Pouvoir compter sur une élite compétente, au service de l'intérêt général, d'abord : cela nécessite un investissement massif dans l'éducation et la formation, mais aussi sur les conditions de travail. Pouvoir ensuite disposer de rentrées financières régulières et prévisibles : cela pose la question de la définition de règles commerciales équitables, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. Cela renvoie aussi aux possibilités pour les Etats, les entreprises et les collectivités territoriales de pouvoir emprunter à des conditions raisonnables, pour réaliser des investissements et la mise en place d'activités économiques. Cela renvoie également à la prévisibilité de l'aide au développement, toujours fluctuante, toujours soumise à de nouvelles priorités ou à de nouvelles conditions. Cela renvoie aussi à la lutte contre l'évasion fiscale, pour que les pays du Sud retrouvent des sources de financement sans recourir à l'aide ou à l'emprunt.
Ce n'est qu'à ces conditions qu'un pays pourra offrir l'accès à tous aux services de base (eau, énergie, santé...) et permettre une amélioration du niveau de vie de la population.
En conclusion, l'accumulation des richesses se traduit bien souvent par une concentration du pouvoir. Il est plus difficile pour un Etat pauvre de s'en sortir, parce qu'il n'a que peu d'influence sur la définition des règles qui lui sont appliquées.


C'est à l'Etat de s'en occuper !


« La solidarité internationale c'est bien. Que l'Etat s'en occupe ! On a déjà assez de problèmes ici. »

La crise frappe chez nous, c'est vrai.
Effectivement la période de crises que nous traversons se traduit dans notre propre pays par des difficultés et problèmes pour nombre de femmes et d'hommes : chômage, précarité, pouvoir d'achat en baisse, sans-abris, sans-papiers … En France, en Europe, il y a donc nombre de problèmes à régler. D'autant qu'avec la remise en cause des services publics, nos droits sociaux sont en danger et risquent à court terme de moins nous protéger.

Pour autant nos problèmes ne doivent pas nous aveugler sur la réalité des pays du Sud.
Il y a aussi de nombreux problèmes à régler dans les pays en voie de développement où les droits humains les plus fondamentaux sont encore trop souvent ignorés : droit à l'alimentation, à la santé, à l'éducation … Notre réalité et nos préoccupations quotidiennes ne doivent pas nous pousser à ignorer que les crises écologiques, sociales, géopolitiques, de libertés qui nous frappent, touchent durement les populations des pays du Sud. De plus la faiblesse ou l'absence des droits et assurances sociales collectives (sécurité sociale, assurance chômage …) renforce la vulnérabilité de ces populations.

Les excès du libéralisme impactent partout dans le monde, d'où la nécessité de réagir aussi à un niveau local.
Aujourd'hui par exemple, certaines sociétés multinationales ayant leur siège social en Europe ou aux Etats-Unis ont des activités sur l'ensemble du globe. Profitant de l'absence de règles contraignantes à l'échelle internationale, leurs activités se traduisent par des impacts désastreux, au Nord comme au Sud.
La course effrénée au profit et l'accumulation toujours plus importante de richesses par une minorité ont produit ou renforcé des abus inacceptables sur l'ensemble du globe : licenciements en masse, main d'œuvre jetable, migrants « importés » ou expulsés, pillage des ressources naturelles, conflits … Que l'on habite au Nord ou au Sud de la Planète, dans les pays dits « développés » ou dans ceux qualifiés « d'émergents », ces logiques économiques ont des conséquences dramatiques sur nos vies. Pour inverser ces tendances il s'agira donc bien d'agir, depuis nos lieux de vie, sur ces mécanismes planétaires. Et, nous sommes tous concernés par le comportement responsable des entreprises, la lutte contre les paradis fiscaux, l'évasion fiscale et le réchauffement climatique.
C'est pourquoi nous croyons que la solidarité internationale est une chance pour ouvrir nos regards aux réalités de vie de chacun-e, pour exiger des mécanismes économiques au service des besoins de l'Humanité et non au profit de quelques uns.

Si les Etats doivent prendre leurs responsabilités, chaque citoyen a un rôle à jouer.
Nous voulons que les citoyens des pays du Nord, comme ceux du Sud, s'organisent pour faire entendre leurs exigences d'une société respectueuse des Hommes, de l'environnement. Nous ne voulons pas nous substituer aux Etats, nous voulons rappeler aux décideurs politiques l'urgence de construire des modèles de développement répondant aux besoins et aux réalités de vie de chacun-e. Nous ne souhaitons pas limiter le rôle du citoyen à un vote lors des scrutins. Nous invitons chacune et chacun à s'engager à vivre la démocratie au quotidien.




Je n'ai ni le temps, ni les moyens d'être solidaire !


« J'ai pas le temps ni les moyens d'être solidaire. Etre solidaire, c'est un luxe ! »

Etre solidaire c'est avant tout un état d'esprit.
C'est une question d'ouverture ou de posture vis-à-vis des autres et du monde. Cela commence avec la famille, les amis, puis les connaissances, pour s'élargir à la vie en société. La solidarité ne doit pas être vécue comme un « devoir » mais bien comme une façon d'être, de vivre, et de faire en écoutant nos aspirations personnelles.

Il y a plein de façons d'être solidaire.
Les formes d'engagement sont multiples et elles ne nécessitent pas obligatoirement de donner du temps ou de l'argent.
La solidarité s'exprime souvent naturellement dans une révolte ou dans notre capacité à nous indigner devant des injustices sociales, économiques ici et ailleurs. Elle s'exprime aussi dans la curiosité citoyenne : s'informer des initiatives associatives locales, de l'actualité internationale…et dans l'envie d'agir pour un monde plus juste.
Pas besoin d'être un professionnel du développement, un militant féru de politique, un ex ministre en mal d'agenda ou un idéaliste infatigable pour s'engager à son échelle et selon ses disponibilités !
Vous pouvez mettre au profit d'un plus grand nombre de personnes vos compétences professionnelles, votre savoir faire (encadrement de jeunes, compétences logistiques, juridiques…) par du bénévolat ou du volontariat. On compte aujourd'hui en France environ 880 000 associations déclarées et 14 millions de bénévoles, des hommes ou des femmes, quels que soient leur âge, leur nationalité, leurs compétences, qu'ils soient étudiants, en activité professionnelle, en recherche d'emploi ou à la retraite.
Vous pouvez aussi faire le choix d'être un consommateur responsable qui privilégie les produits du commerce équitable, les voyages solidaires …Vous pouvez même vous faire plaisir tout en étant solidaire en transmettant votre passion (la lecture au travers de cours d'alphabétisation, le cinéma au service de la connaissance interculturelle et comme tremplin à un débat citoyen, le jardinage pour sensibiliser au développement durable…).

La solidarité ce n'est pas un luxe c'est une richesse.
En donnant un peu de votre temps, de vous-même, vous enrichirez vos connaissances, créerez de nouveaux liens sociaux, vous donnerez à vous-même.
La solidarité n'est pas un luxe mais un échange, un partage.

« Ce n'est pas parce que la fourmi a un petit zizi qu'elle ne fait pas pipi ! » (Proverbe africain)
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